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REVUE DE PRESSE

Squividan. Un manoir habité par l’art

LeTélégramme.com, 3 août 2010

jeudi 5 août 2010
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De 1947 à 1976, le manoir de Squividan a été transformé en bouillonnant atelier d’artistes. Des centaines d’oeuvres y ont été créées par Émile Simon et Madeleine Fié-Fieux, que Clohars-Fouesnant célèbre aujourd’hui via un petit musée.


Juillet1995. Sur l’une de ses dernières photographies, Madeleine Fié-Fieux est dans son jardin, coiffée d’un chapeau de paille. Le visage illuminé par un demi-sourire, elle semble se délecter de la douceur d’un souvenir lointain. Peut-être rêve-t-elle de cette année 1938, où elle posa pour Émile Simon (ci-dessus, son autoportrait). Elle avait quarante ans, l’oeil juvénile et le visage serein. Le peintre a tout saisi de ce moment, la riche couleur pourpre de la robe, la lumière impressionniste, l’abandon radieux de son sujet. Il a gardé en mémoire la qualité des soirées passées avec ce couple d’amis, Madeleine et Philippe. Dans ce portrait délicatement baptisé « Souvenir de Chopin », il met plus que de l’amitié... On y sent cette « communion totale entre celui qui peut peindre et celui qui pose », dira plus tard le modèle.

Murs couverts de tableaux

Cette fraternité artistique, partagée avec le docteur Philippe Fieux, amateur éclairé, a élu domicile, trente ans durant, dans le discret manoir de Squividan, à Clohars-Fouesnant. Une seule fenêtre du rez-de-chaussée reste ouverte à la curiosité du visiteur. Faute de mieux, ce modeste oeilleton aide à entrevoir ce que fut ce havre de paix et de bonheur. À travers le carreau, on devine le souvenir d’une existence huppée, histoire dont les cuivres ternis et le plafond mouluré écrivent le dernier paragraphe. Pour le reste de la demeure, il faut s’en remettre à des images, hélas caduques, d’une caverne musée aux murs couverts de tableaux. Cette profusion vertigineuse et presque pathologique trahissait la vérité de cette maison. Oui, celle-ci fut le théâtre de grands repas bourgeois, au terme desquels le vent éparpillait rires champagnisés et chants joyeux du piano. Oui, quelques bals ont égayé ici les nuits d’été de l’après-guerre, lorsque le domaine devint propriété des époux Fieux en 1947. Pourtant, à Squividan la paisible, seuls le travail et la discipline rythmaient le quotidien.

La lumière froide du nord

Le véritable maître des lieux était l’art, grande affaire à laquelle Émile Simon et Madeleine Fié-Fieux se soumirent avec passion. Si fête il y eut, ce fut celle de la lumière, des formes et de la matière. Arpentant le jardin, « oasis de verdure et de tranquillité », écumant les rivages et le patrimoine des environs pour y faire provision de visages, d’inspiration et d’atmosphère cornouaillaise, le duo déposait ensuite ses trésors immatériels dans l’atelier, au dernier étage de la maison. Un étage percé d’une grande verrière orientée au nord, pour profiter de l ?éclat froid qu’aimaient tant ces deux créateurs insatiables, qui en éclaboussèrent des centaines de paysages, de portraits et de natures mortes. Ah, cette belle et fidèle lumière du nord. C’est peut-être à cette lueur fertile que Madeleine Fié-Fieux, couronnée de paille, souriait une dernière fois en cet été 1995.


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